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Euskal Herria et Euskadi

Amatiño 2008/02/21 12:58
Un érudit sans velléités politiques comme Julio Caro Baroja nous a laissé une bibliographie dont le territoire de travail était le Pays basque. En cela, Caro Baroja n'est pas l'exception mais la règle. Il est difficile de trouver une étude générale sur le Pays basque dans laquelle le territoire ne soit pas identifié.

Cela n'est pas nouveau. Une personne d'Araba comme Juan Pérez de Lazarraga (eusquel erria, 1564), le labourdin Joannes de Leizarraga (heuscal herria, 1571) et le Navarrais Pierre de Axular (euscal herria, 1643) ont pour constante la description d'une communauté constituée par " Naffarroa garaya, Naffarroa beherea, Çuberoa, Lappurdi, Bizcaya, Guipuzcoa et Araba - herria ". C'est-à-dire, le " zazpiak bat ".

Cette identification collective existe non seulement dans les études historiques et linguistiques, mais aussi dans la réalité sociale, étrangère à tout intérêt partisan, depuis l'organisation du Tour Cycliste au Pays basque jusqu'aux journaux Nouvelles de Navarre, aux éditions pour le Pays basque des journaux de Madrid. Le Pays basque est aussi présent dans le journal aquitain Sud-Ouest comme la région au sud de la Bidassoa. Il n'y a pas de citoyen informé qui doute qu'Yves Salaberri (Xala), Montxo Armendariz, Amelia Baldeón, Mikel Urizarbarrena ou Ainhoa Arteta soient des enfants d'un territoire dénommé Euskal Herria. " Un pays qui chante et qui danse des deux côtés des Pyrénées » selon l'expression idyllique de Voltaire qui évidemment ne se rapportait pas aux dix kilomètres qui séparent Endarlatsa de la mer.

Cette reconnaissance de la territorialité d'Euskal Herria n'est pas réduite par la distance. La diaspora basque démontre que ces bergers, marins, commerçants ou pelotaris lorsqu'ils ont choisi d'émigrer se sont présentés face au monde comme des Basques, indépendamment du fait qu'ils soient des Pyrénées souletines, de la vallée du Baztan ou de la Bizkaia profonde. Ce sentiment de propriété ne s'achève pas avec l'émigration du XIXème siècle ou avec les exilés du XXème siècle. Ce sentiment puissant se poursuit dans des expériences récentes comme l'Euskal Etxea de Shanghai, incarnées par de jeunes ambassadeurs de la globalisation industrielle basque du XXIème siècle.

Cette perception se répète à l'extérieur. Qu'il s'agisse du professeur de l'Université de Tokyo, Susuku Tamura, auteur d'un manuel sur la langue basque et sa culture ou du journal parisien "L'Equipe", qui met en relief  l'origine basque de Josemari Olazabal, ou des surfeurs australiens invités à Mundaka-Basque Country ou Biarritz-Pays Basque. Cela est ratifié par l'Encyclopédie britannique, la confiture de cerises d'Itsasu qui est commercialisée à Paris et le guide Michelin qui évoque la « civilisation basque ".

 Est-ce que ce territoire culturel et historique Euskal Herria doit avoir une expression politique nommée Euskadi ? Ce débat n'est pas vraiment nouveau. Comme l'a dit Sabino Arana, en 1895 : "Euzkotarren aberria Euzkadi da ". La différence sémantique entre les deux dénominations et leur complémentarité a été exprimée par le labourdin Michel Labéguerie, père de la " nouvelle chanson basque ", aux environs des années soixante dans le classique et archi-populaire « Gazteri berria »

 Hemen dela Espainia, han dela Frantzia,

mugaren bi aldetan da Euskal Herria.

Gu gira Euskadiko gazteri berria,

Euskadi bakarra da gure aberria.

 Cette double vision est reprise dans les chansons de Benito Lertxundi et de Xabier Lete. L'essentialisme romantique de Lertxundi face à l'existentialisme humaniste de Lete. Les chansons de Lertxundi sont pleines de louanges mélancoliques sur un Euskal Herria qui fut en soi un pari de liberté. Au contraire, Lete pleure sa patrie. Euskadi celle qu'il aime bien même si certaines choses qu'il voit en elle ne lui plaisent pas. L'Euskal Herria de Lertxundi est lyrique, épique et bucolique. Tous les gens sont bons et sont des nôtres. L'Euskadi de Lete est, au contraire plus laide, douloureuse, colérique. On peut se sentir étranger dans son propre pays où il y a même, ceux qui utilisent l'argument des armes. Le ton de l'épopée revêt dans les compositions de Lertxundi une identité fixe et déterministe projetée alors que les textes de Lete nous offrent des incertitudes, le droit à l'indulgence et le besoin d'enrichissement mutuel. Il est facile de tomber amoureux de l'Euskal Herria de Lertxundi. Mais existe-t-elle ? Il est difficile de vouloir l'Euskadi que Lete aime, mais c'est celle qui existe. Personne n'est mort ou n'a été assassiné au nom d'Euskal Herria. Ceux qui ont lutté pour Euskadi sont trop nombreux (un seul est déjà de trop) comme sont beaucoup trop nombreux les assassinés au nom de l'Euskadi Ta Askatasuna.

 Ainsi sont les choses. Il semble que les nationalistes - socialiste radical de gauche - qui constituent le bras politique d'ETA semblent parier dernièrement sur la dénomination Euskal Herria, au détriment d'Euskadi. La question pourrait être la conséquence d'une réflexion qui ne soit pas uniquement esthétique. Trois réflexions me viennent à l'esprit.

La principale, la première est que le monde d'ETA et de Batasuna, déterministe essaie d'articuler son projet politique avec un nom moins porteur d'idéologie. L'argument est d'engendrer une plus grande empathie entre Iparralde et la Navarre. Le succès pernicieux du terrorisme est de dépolitiser la société, perdue dans un marasme essentialiste. Elle est soumise au débat éternel entre la vie et la mort, au détriment de la divergence qui est la légitimité sociale. Elle est soumise à l'essentialisme basque et espagnol. Parce que ni les uns ni les autres ne comprennent ce Pays comme une véritable construction.

La seconde, tactique, est que la gauche radicale cherche à faucher l'herbe sout le pied du nationalisme centriste et institutionnel représenté historiquement par EAJ-PNB, en lui retirant tout protagonisme concernant ses symboles et son legs historique. Il est évident que le nom d'Euskadi est le produit du nationalisme historique comme le drapeau officiel du Pays basque. Il n'en est pas moins certain que quelqu'un qui discute aujourd'hui du caractère national du drapeau officiel du Pays basque n'a aucune alternative connue. En Navarre, son usage officiel y est interdit car il s'agit du drapeau basque. En Iparralde, le drapeau est largement accepté dans l'administration publique et dans les secteurs commerciaux et touristiques. A travers le monde, le drapeau officiel du Pays basque est le symbole basque par excellence. L'implantation de la dénomination Euskadi est, au contraire, plus faible.

La troisième, stratégique, est qu'ETA prépare le terrain le jour de l'abandon des armes. A ce jour, plus de mille morts d'ETA (l'Euskadi Ta Askatasuna). Cela suppose un lourd fardeau à décharger. Ce monde s'enorgueillit de cinquante années d'action armée mais les lendemains lui paraissent bien difficiles. Une tentation peut être que " nous n'avons rien eu à voir avec tout cela" ou "nous étions contre mais ils ne nous ont pas écouté ". Et pour que cette inhibition historique soit plus crédible, la meilleure solution pourrait être l'échange de symbole. C'est-à-dire, " ici rien ne s'est passé ". Ceux qui demeurent avec le mot Euskadi restent sur le marché politique avec un nom sanguinolent qu'il sera très difficile à expliquer aux nouvelles générations.

Euskadi est par son origine un projet politique démocratique. Il y a des raisons objectives pour craindre que la revendication politique d'Euskal Herria cache d'autres paramètres différents de la volonté majoritaire de ses citoyens. Le concept d'Euskal Hiria est morphologiquement proche d'Euskal Herria mais il en est, cependant aux antipodes. La proposition civique d'Euskal Hiria correspond beaucoup mieux à l'évolution connue par Euskadi, durant ses cent dernières années. Que cela plaise ou non, Euskadi est un organisme politique avec un drapeau et un hymne connus. Dans le cadre politique, Euskal Herria n'a jamais eu le même poids historique. Il est possible qu'une image "dure" représente Euskadi, mais au moins elle est réelle, avec toutes ses conséquences. L'image d'un Euskal Herria mythique et béatifié, dans lequel nous serions tous bons, surtout si nous sommes des nôtres, n'est pas la réalité. Euskadi attire sans doute moins les citoyens, mais ils la choisissent. Euskal Herria attire davantage de monde, à condition que personne ne leur demande si elles veulent y être ou non incorporés. Et cela n'est pas dans la tradition basque.

www.iparralde.eu

http://www.iparralde.eu/iparralde/2008/01/euskal-herria-1.html#more

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