Markos Zapiain
Kardinalak eta ziminoak
Euskal literaturak ez du oso maiz erabili Henri de Régnier-en “La Double maîtresse”eleberriko gai nagusia. Lamparelli kardinala du protagonista. Etsita dabil, ez baitute Aita Saindu aukeratu. Zimino talde baten aurka mendeku hartuko du. Aurretik kardinalez mozorroarazi eta konklabean kokatu ditu, bere jauregiko terrazan.
Lamparelli kardinalaren ziminoak, askotarikoak izanagatik ere, tamainaz zein nortasunaz den bezainbatean, guztiak daude berdin jantzirik, soineko eskarlataz. Ipurdi aldeko irekidura batek begi-bistan jartzen ditu kulero dotoreak.
Lantzean behin, mehatxu egiten die Lamparellik, garrasika exijitzen die damu daitezen, bere aldeko botoa ez emateagatik.
Baina berehala Lamparelli ito egiten da irriz zimino/kardenalei begira, bereziki Aita Saindu izango denari, ile urdinak seinalatua eta sagaratua. Aita Saindu farfailtsuaz gain, ziminoen arteko liskar zalapartariek piztuko dituzte Lamparelliren barre-algarak.
Clément Rosset-en iritziz, ziminoen liskarrok badute giza kardinalen ika-miken nolabaiteko antza.
Honelaxe deskribatzen du Régnierrek zimino kardinalen borroka: “Kaka-nahastea itzela zen. Zapuzturik eta amorraturik, atzaparka eta haginka erasotzen zioten elkarri, jauzika, putinka eta zalapartaka. Gauzak txarto zihoazen. Arrakalatuta zeuzkaten soineko gorriminak, eta piltzarrek, beso haserretuen gainetik, airea astintzen zuten. Jantzi zulatuetatik azal iletsuak ageri ziren.”
La double maîtresse
http://www.archive.org/stream/ladoublematres00rguoft/ladouble
Tximinoen inguruko atala hemen itsatsiko dut:
Les singes du cardinal Lamparelli, de tailles et d'espèces
différentes, étaient tous uniformément vêtus de rouge. Ils
portaient des robes écarlates qui s'entr'ouvraient sur des petites
culottes fort bien faites, serrées à mi-jambes. Quelques-uns
éraient coiffés de barrettes pourpres. D'autres, nu-tête,
avaient, pendus à plat dans le dos et retenus autour du cou
par une cordelière, des chapeaux cramoisis.
Tout ce petit monde ambigu, grotesque et mélancolique,
montrait des visages hargneux ou mornes, presque humains
en leur caricature à peine animale. Il y en avait de pygmées,
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LA DOUBLE MAITRESSE
empêtrés dans leurs robes, avec des faces poilues à joues
bleuâtres. Certains semblaient extrêmement vieux. Des
besicles naturelles, £iites de poils noirs, cerclaient leurs yeux
enfoncés sous le surplomb de fronts bombés. Plusieurs
offraient, au milieu d'une face plate, des nez camards aux
narines dilatées et roses. Quelques-uns gonflaient leurs
bajoues flasques. Ceux-ci, tonsurés en rond comme des
frères mendiants, ceux-là chevelus, avec des barbes biscornues
ou entièrement glabres. Tous avaient l'air oisifs, ennuyés et
malfaisants, les yeux vitreux ou pétillants, les regards sournois
ou hardis. Un, aveugle, écarquillait deux taies blanches.
Plusieurs, accroupis en rond, au centre de la vaste cage,
s'observaient avec une gravité narquoise, tandis que deux
d'entre eux se triaient, tour à tour, leur vermine en la faisant
craquer sous l'ongle avant de se l'offrir réciproquement, avec
cérémonie et délicatesse, pour régal.
Tout à coup, il y en eut un qui se leva, marcha debout
comme un homme, puis entravé dans sa robe, retomba à
quatre pattes, poussa un cri aigu et se dirigea vers un de ses
compagnons assis juste devant le grillage où il cramponnait
ses deux petites mains crispées et décrépites.
Ce personnage était un assez grand singe à face sénile,
pleurarde et fourbe. Il grelottait et parfois toussait d'une toux
rauque. Il était, par contraste, tout habillé de blanc, une
soutane aux épaules, une calotte blanche sur la tête, et,
pendues à sa ceinture, deux grosses clefs d'or qui, au moindre
mouvement, tintaient l'une contre l'autre. Il semblait malade
et engourdi, et ses yeux seuls bougeaient continuellement en
sa figure immobile.
M. de Galandot regardait avec surprise cette simiesque
assemblée. C'était ce que le cardinal LamparelU appelait son
conclave. Le baroque vieillard, déçu en ses ambitions papales,
la cervelle dérangée par l'âge et la haine, avait inventé ce jeu
impie et, chaque jour, venait contempler durant de longues
heures sa ménagerie sacrilège. Taciturne et béat le reste du
temps, là seulement il trouvait quelque plaisir en compagnie
de ses singes travestis. Il riait, s'amusait, les appelait par leurs
noms ou plutôt par ceux de ses confrères du Sacré-Collège
qu'il leur donnait. Plusieurs des cardinaux qu'il injuriait
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GALANDOT LE ROMAIN
ainsi n'existaient plus, de sorte que ces bêtes représentaient
des morts. Quant au singe vêtu de blanc, il le détestait. On
avait ordre de le mal nourrir pour qu'il mourût, car ces
trépas mettaient en joie Lamparelli. Mais quand il s'agissait
de remplacer le défunt et de lui choisir un successeur, cela
n'allait pas sans colères et sans rages et, quand il voyait le
nouvel élu paraître à son tour, habillé en pape, il en
ressentait un véritable transport de fureur jalouse qui le
faisait trépigner de ses pieds goutteux et baver plus abon-
damment.
Nicolas, sur un signe du laquais, avait déposé la caisse
devant le cardinal.
L'un des nombreux métiers d'Angiolino consistait à fournir
la ménagerie de Son Eminence et c'étaient deux nouveaux
pensionnaires qu'il envo^'ait M. de Galandot lui porter
aujourd'hui.
Le premier était d'espèce minime et comme tout vêtu
d'une sorte de bure poilue. Il avait un petit visage guilleret
et fripé, l'air mendiant et fin; le second, de plus grande
taille, apparaissait vraiment monstrueux. Sa panse obèse et
son dos gibbeux posaient sur des jambes cagneuses. Sa poi-
trine molle bombait. Presque sans cou, engoncé et difforme,
il montrait un masque brutal et finaud, au mufle proé-
minent, aux mâchoires furieuses, aux babines gonflées, puis,
brusquement, il se retourna et fit voir à ses fesses deux ronds
de chair crue, à vif et qui semblaient saigner.
A la vue des laides et puantes bêtes, le cardinal Lamparelh
ne put se tenir de rire. Sa figure jauucâtre s'épanouit; il
poussait des hoquets, il faisait signe qu'il voulait parler. Il
regardait en battant des mains le grand laquais à la serviette,
puis d'une petite voix entrecoupée et zczeyante il finit par dire :
— « Ah ! Giorgio, ce diable d'AngioHno, il n'y a que lui,
il n'y a que lui ! »
Une nouvelle poussée de rire l'interrompit, puis il reprit
enfin, assez distinctement et plus clairement qu'on eût pu
en attendre du début :
— « Ah ! cet Angiohno, où a-t-il mis la main sur une
pareille merveille ? »
Il s'arrêta encore, toussa. Il se fit sur sa figure comme une
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LA DOUBLE MAITRESSE
éclaircie. Maintenant, il ravalait sa salive au lieu de la laisser
couler, et ses yeux exprimaient une malice singulière. C'était
une de ces échappées intermittentes qui parfois lui rendaient
un espace de demi-raison et d'où il retombait ensuite, et
promptement, en sa décrépitude habituelle. Il continua.
— « C'est déjà Angiolino qui m'a procuré Palizzio, pense
donc, un singe pour représenter ce Palizzio maudit qui vota
pour Onorelli ; un singe assez laid pour représenter Palizzio^
cet imbécile de Palizzio ! Tiens, regarde-le ! le vois-tu qui se
querelle avec Francavilla ? »
Palizzio était un assez vilain macaque, crasseux etordurier
en sa robe rouge. Il se tenait en face de Francavilla, les
mains mauvaises et grinçant des dents. Francavilla, lui,
était une sorte de babouin, piteux et couard. Sa longue queue
dépassait sa robe. Soudain, Palizzio se précipita sur cette
queue. Les deux bêtes roulèrent l'une sur l'autre avec des
cris de rage, en une bousculade furieuse. Palizzio se dégagea
assez vite et, tandis que Francavilla s'enfuyait en geignant,
il resta maître du terrain, assis sur son derrière, en sa laideur
encore batailleuse, mais satisfaite.
Francavilla fit deux fois le tour de la cage, l'air outragé,
puis, tout à coup, il avisa le singe blanc qui toussotait triste-
ment, vint à lui, le pinça, et attendit. L'impotent regarda
autour de lui, comme pour implorer le secours de ses ouailles,
puis il se résigna, toussa encore et se mit à grimper aux bar-
reaux de la grille. Il montait péniblement, se haussant et
retombant, s'efforçant de nouveau et s'arrêtant essoufflé et
endolori. Sa robe relevée montrait le poil rare de ses cuisses
maigres. Il n'avait pas de culottes. Les deux clefs d'or tin-
tèrent faiblement,
Lamparelli eut un nouvel accès de rire.
— « Tu le vois, tu l'as vu ! criait-il en tirant le grand
laquais par la manche. Dis, réponds! Est-ce qu'il ne ressem-
ble pas à Onorelli ! Là, regarde, quand il se gratte... Il est
malade, très malade. Il va mourir. Ah! Ah! Ah!... »
Il resta un moment silencieux. La salive coula du coin de
sa bouche, puis, sa lèvre essuyée, il se tourna vers M. de
Galandot, debout auprès de sa caisse dont il avait soigneu-
sement plié en quatre la serge verte.
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GALANDOT LE ROMAIN
— « Il va falloir maintenant habiller ces gaillards-là... Tu
feras venir Cozzoli pour les mesures, tu sais, Cozzoli, celui
qui habite rue del Babuino... Tu iras bien me chercher Coz-
zoli... Tu diras aussi à Angiolino que tout va bien, continua-
t-il en baissant la voix et d'un ton confidentiel; le blanc va
mourir et ils me nommeront ; ils ne pourront pas faire autre-
ment que de me nommer. Ce n'est pas comme l'autre fois,
tu sais, quand ils ontélu Onorelli. Non, non... Regarde-les,
je les tiens tous en cage; ils y sont tous, de Palizzio à Fran-
cavilla, tous, tous, et ce niais de Tartaglia, et ce fou de Bar-
bivoglio, et Botta, et Benariva, et le Ponte-Santo, et les deux
Terbano, le gros et le petit, et Orolio, le punais, et les
autres, et les Français, et les trois d'Espagne, et le Polonais,
et je n'ai pas oublié Tartelli le jésuite; non, tous, tous, et
il faudra bien qu'ils me nomment quand ils seront las d'être
ici et qu'ils auront assez de manger des noisettes creuses et
des amandes rances et de se gratter la fesse. Tu peux lui dire
que je les tiens, à Angiolino. »
Il s'arrêta un instant et demeura bouche béante sans pou-
voir trouver la suite de son discours.
— « Et ce bon Angiolino, que devient-il, demanda-t-il
tout à coup, cet Angiolino de mon cœur? Voyons, le sers-
tu bien Pau moins es-tu un fidèle serviteur, toujours là quand
il t'appelle ? Tu ne le laisses pas seul au moins ? Entends-tu ?
Giorgio ? Il n'est pas comme toi qui m'as laissé tomber sur
le nez. »
Et LampareUi se mit à pleurer tout doucement. Le grand
laquais haussa les épaules, se toucha le front et, poussant du
coude M. de Galandot, fit, par derrière, un pied de nez au
cardinal qui bégayait tout bas en pleurnichant:
— « Toi, tu es. ..tu es. ..un. ..bon. ..servi. ,.teur... »
Mais la voix du vieillard fut tout à coup couverte par une
clameur aigre et furieuse.
La dispute du macaque Palizzio et du babouin Francavilla
recommençait de plus belle, et tous les singes maintenant,
excités par cet exemple, prenaient part à la lutte. La mêlée
était générale. Hargneux, provocants et acharnés, ils s'atta-
quaient de la griffe et de la dent avec des gambades, des
sauts et des contorsions. Le cardinal, à cette vue, se démenait
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LA DOUBLE MAITRESSE
dans son fauteuil doré. Sa figure jaune grimaçait, et il agitait
ses mains frénétiques, qui ressemblaient à des feuilles mortes
dans le vent.
Les choses allaient tout à fait mal. Les robes rouges se
déchiraient par lambeaux qui battaient l'air au bout de bras
furieux. Par les trous apparaissaient des nudités velues. Il y
avait des poussées et des assauts. Parfois deux groupes se
heurtaient et n'en formaient plus qu'un où se confondaient
les adversaires en un combat indistinct. Cela dura ainsi
pendant quelques minutes, puis, sans raison, le calme revint
et les conibattants de tout à l'heure se retrouvèrent subite-
ment assis sur leur séant. Palizzio, grommelant encore, pre-
nait fraternellement ses puces à Francavilla qui contemplait
le bout de sa queue mordue et saignante et, seul, se retenant
d'un bras aux barreaux de la grille, le singe blanc à face pape-
larde, de l'autre main, troussait sa robe et, de là-haut, d'un
jet fin, puis goutte à goutte, pissait de peur sur le sable.
Le cardinal était retombé hébété au fond de son fauteuil
en même temps qu'entre les pins quatre porteurs approchaient
avec une chaise. Lorsque le vieillard y fut monté, les marauds
reprirent les bâtons et, comme M. de Galandot s'avançait à
la portière pour saluer, il reçut juste dans son chapeau tendu
un écu d'or et, stupéfait, il fût resté sans doute à l'y contem-
pler, tant sa surprise le rendait stupide, si le grand laquais
à la serviette n'eût, d'un geste familier, fait sauter le chapeau
et l'écu et mis l'un sur sa tète, et l'autre dans la main de M.
de Galandot, tandis qu'avec une bourrade amicale il le pous-
sait dans l'allée où avait déjà disparu la chaise rouge du car-
dinal aux singes.
M. de Galandot se mit à marcher droit devant lui sans se
retourner, les bras ballants, les épaules courbées. Le jardin
était désert et silencieux. Les bassins luisaient doucement de
leurs eaux miroitantes comme des pièces de métal fluide
sculptées en leur transparence à l'effigie mouvante des nuées.
Il arriva ainsi à l'escalier de la terrasse. Il avait peine à
monter les marches, de ses jambes lourdes, comme si l'or
qu'il tenait en la paume de sa main eût coulé en tous ses
membres et y eût insinué son poids servile. Essoufflé, il
s'arrêta. Les cris des singes et la voix zézeyante du cardinal
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GALANDOT LE ROMAIX
lui résonnaient encore aux oreilles. Il revoyait l'écu d'or
tomber dans son chapeau tendu et ressentait encore la bour-
rade du grand laquais. Il éprouvait une sorte de honte con-
fuse et humble et il lui semblait que quelqu'un le regardait.
Il leva les yeux.